30.03.12 Apprentis Ecole Toreo


 
 
 
 
 
 
 
 

ADOUR AFICIÓN

8 euros la séance

Richard Milian demande à ses élèves 8 euros la séance, sans réellement compter les heures, ni les coups de téléphone, les trajets pour aller louer des animaux ou les déplacements pour suivre les jeunes quand ils toréent. « Vous trouvez ça cher ?, dit-il. Pour mon fils, qui fait du cheval, on me demande 20 euros de l'heure. »

Richard Milian

« Être torero, ce n'est pas un métier, ni un loisir ou une activité comme une autre. C'est un état. On est torero tout le temps, chez soi et chez les amis, dans la rue comme dans l'arène, de jour comme de nuit »

Sur la piste du domaine des Escourros, il y a école tous les mercredis après-midi. Les élèves d'Adour afición, la classe taurine de Richard Milian, y répètent leurs gammes semaine après semaine. Âgés de 8 à 16 ans, ils sont actuellement sept à cultiver la science du toreo et à peaufiner leurs attitudes devant les cornes maniées par le prof ou les copains.

« Dorian, cambre-toi un peu plus. Jules, allonge la main en fin de passe, sinon tu vas prendre le toro sous le menton. » La voix du maître, matador de toros pendant 20 ans (1981-2001), résonne entre les murs de béton construits de ses mains il y a des lustres. On n'est pas dans une boucle du Guadalquivir, mais à Cauna, tout près du lit de l'Adour, ce qui ne change pas fondamentalement la donne. Le ciel est tout bleu, le soleil chauffe la peau. En tout cas, l'ambiance est torero et c'est cela le plus important.

 

 

Dorian (11 ans), d'Asson, près de Pau

« J'ai vu des novilladas sans picadors à Aire-sur-l'Adour quand j'avais 7 ans et ça m'a beaucoup plu. Depuis je vais voir des novilladas piquées et des corridas, 15 à 20 par an. J'ai trouvé l'école Adour afición sur Internet et je me suis inscrit. Car je veux vraiment être matador de toros, c'est ce que je veux faire de ma vie. Mes toreros préférés ? Sébastien Castella, Manzanarès »

Louis Husson, 15 ans, de Dax

« Je voulais venir ici dès l'âge de 9 ans, mais Richard m'a dit non, j'étais trop jeune. Alors j'ai suivi la carrière de Thomas et Mathieu en piquée, puis la suite, ce qui a été une sorte d'éclairage pour moi. Je n'ai pas d'idole, mais je préfère les toreros artistes : Morante, Manzanarès père et fils, Julio Robles, Rafael de Paula »

Yannis, (15 ans), de Riscle (Gers)

« Mes idoles ? Paco Ojeda, Julio Aparicio, Morante de la Puebla. Je n'ai pas encore 16 ans, alors je ne peux pas tuer des animaux devant un public qui a payé sa place. Mais je participe à des becerradas, j'en ai fait une trentaine l'an dernier et j'en ai autant cette année »

 

 

L'avis de Louis Husson sur les opposants à la tauromachie de plus en plus nombreux et virulents

« Moi, on m'a toujours appris à ne parler que de ce que je connais, alors à leur place, vu qu'ils ne savent pas ce qu'est réellement la corrida, je m'abstiendrais »

L'avis de Yannis sur le même sujet

« Ces gens qui parlent de torture et de mauvais traitements aux animaux n'ont pas compris ce qui se passe dans une arène. Ils ne peuvent pas juger »

 

Louis a déjà un trophée

À l'heure où les autres gamins sont au foot, au basket ou à la piscine, ces sept morpions ont choisi le sable des arènes. Là où Thomas Dufau et Mathieu Guillon, il y a déjà près de huit ans, ont commencé leur carrière, eux aussi rêvent d'un destin devant les cornes. Louis Husson, bientôt 16 ans, et son copain Yannis, 15 ans, y sont depuis déjà trois saisons. Louis, blessé au poignet, n'a pu participer à la fiesta campera de Samadet à la mi-mars, mais il a déjà un trophée sur son étagère. Sélectionné en septembre dernier au « certamen », compétition de jeunes organisée par la Communauté de Madrid, il s'est qualifié au milieu de 18 jeunes pour la finale... qu'il a remportée devant deux autres apprentis face à deux erales, à Moralzarzal, enlevant le trophée et une cape de paseo. Le tout devant les caméras de Canal + Espagne, ce dont il n'est pas peu fier. Le 24 juin, il aura 16 ans révolus et pourra donc débuter en novillada sans picadors pour les fêtes de Saint-Sever, face à du bétail de Camino de Santiago.

Yannis

Son pote, a déjà tué un toro de chez Darré l'an dernier et se prépare à participer cette année à une trentaine de becerradas, comme au festival de Gimont le 10 juin, avec Andy Yunes, l'Arlésien d'Adour afición, qui ne peut venir à Cauna que pour les vacances. Yannis était à Samadet, par contre, avec les autres élèves de Milian. Une expérience enrichissante, devant le public, ce qui est très différent d'un entraînement privé.

 

Richard Milan

« Ouh la ! les jeunes, tonne la voix du patron, on arrête de papillonner et on se concentre. La tauromachie demande de la sincérité, de l'engagement, parce que celui qui triche n'arrivera pas à tromper le toro : lui, il voit le mensonge. » Avec les déplacements, la recherche et la location de bétail pour tester ses jeunes (cet après-midi il doit faire venir des veaux d'élevages landais), Richard passe beaucoup de temps avec ses élèves. Mais il leur parle le langage de la vérité. « Ce n'est pas une garderie ici, je demande de l'engagement. Je ne fais pas prendre de risques aux enfants, mais je ne vais pas perdre du temps, ni faire perdre de l'argent à des jeunes qui viennent juste pour se distraire. Torero, c'est un état dans lequel on doit être tout le temps, ici et ailleurs, jour et nuit. Et aller devant des veaux pour se tester, je dirais que c'est secondaire : il faut d'abord savoir se servir d'une cape. La distance, la hauteur, le rythme. Ce n'est pas une question de temps, mais de pratique. »

Morandilla est l'assistant

Auprès des jeunes, Thomas Dufau, qui a gagné en prestance et semble physiquement très affûté, donne aussi ses petits conseils d'ancien. Il ne les couve pas, mais les suit du regard, essayant de faire passer le message du maître.

Dorian, 11 ans

Sait déjà presque tout faire. Jules, de Saint-Sever, même âge, ose à peu près tout, mais manque encore de technique. Antoine, 13 ans, plus gaillard, suit les recommandations de Morandilla, 22 ans, un « ancien » de Momuy qui se destine à être banderillero et assiste Richard, voire le remplace quand il s'absente. Jean, 8 ans, venu de Bescat (près de Pau), ouvre grand ses yeux, enregistre tout et répète les passes devant ses collègues. Contre la barrière, Jean-Maxime, d'Uchacq-et-Parentis, est venu en curieux, voir d'un peu plus près ce qu'est le toreo. Peut-être un futur élève.

CAUNA Ouverte en 2004 à la suite de celle de Gilles Marsal à Campet-Lamolère, l'école taurine Adour afición est menée par Richard Milian. Professeur de Thomas Dufau et de Mathieu Guillon, il a aujourd'hui plus d'une demi-douzaine d'élèves qu'il suit de près. Ce n'est pas du tableau noir.

Dufau et Guillon y ont fait leurs premiers pas

Après avoir débuté sous la houlette de l'ancien novillero Gilles Marsal, Thomas Dufau, du Frêche, et le Montois Mathieu Guillon ont été repris par Richard Milian en 2004, pour la naissance de son école Adour afición. Nous les avions rencontrés dans ces arènes en 2006, alors qu'ils avaient tout juste 15 ans et envisageaient de débuter en novilladas sans picadors.

Depuis, ils ont tous les deux « fait carrière ». Après s'être illustré à la feria de la Madeleine sous les yeux de Simon Casas en 2009, Thomas Dufau, pris en charge par le Nîmois, a été dans les premiers de l'escalafon novilleril au cours de la temporada 2010, avant de prendre l'alternative en juillet 2011, coupant un trophée ce jour-là, puis un second à sa deuxième corrida, la dernière de la Madeleine 2011.

Confirmation à Madrid

Cette année, toujours couvé par Casas et s'entraînant toujours aussi sérieusement avec Milian, Thomas Dufau se prépare à une saison qui pourrait être décisive. Ayant parfait sa condition physique avec des séances de musculation, à 21 ans et en pleine connaissance de son potentiel, il a déjà 25 contrats de corridas. On devrait le voir dans toutes les grandes arènes françaises et aussi dans quelques plazas espagnoles, dont Madrid où il doit confirmer son alternative le 7 juin face aux toros de Puerto de San Lorenzo.

Pour sa part, Mathieu Guillon est allé moins vite. N'ayant pas connu l'accélération de carrière de son ami en 2010, il était toujours novillero en 2011 où il n'a pas eu autant de contrats qu'il aurait voulus pour parfaire son métier. Depuis, il s'est séparé de Richard Milian à l'automne dernier pour gérer sa carrière lui-même, avec son ami et collègue landais Julien Lescarret, avec qui il s'entraîne désormais. Il participe aussi à des tientas et se prépare à aller tuer des toros en Espagne avant de démarrer la temporada.

Au cartel du festival du 14 avril à Mont-de-Marsan, monté par la peña Julien Lescarret, il sera également présent le 1er mai à Aire-sur-l'Adour pour une novillada piquée devant les sujets d'Hubert Yonnet. Il a aussi quelques contrats dans des placitas espagnoles, mais son rêve est de pouvoir prendre l'alternative en juillet prochain lors de la feria de la Madeleine, dans les arènes où il a découvert le monde taurin. Le cartel n'est pas encore bouclé, mais la commission taurine montoise lui a laissé cet espoir. Confirmation de l'affiche le 14 avril.

J.-L. H.

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Date de dernière mise à jour : 30/03/2012